
LETTRE D'UN JEUNE TOURISTE À UN FRÈRE ITALIEN
Voici un échange de lettres, paru sur un blog italien, « Vocazione francescana »( voir lien http://www.vocazionefrancescana.org/2012/07/i-frati-francescani-bruxelles.html), qui relate une rencontre pas comme les autres:
Lettre d’Alex au Frère Albert
« Cher Frère Albert je m’appelle Alex, j’ai 28 ans et pour motifs de travail je voyage souvent à l’étranger pour le compte d’une multinationale. Je lis toujours votre blog qui me rappelle un peu ma présence durant des années dans la Jeunesse franciscaine de mon pays, où il y avait un couvent franciscain. Maintenant je suis un des nombreux italien du Sud qui dans cette période de crise ont dû partir pour chercher un futur. (Je vis à Londres)... Eh bien, il ya quelques jours, de passage à Bruxelles, justement dans la place centrale de la ville, la fameuse « grand place » (en flamand : grote markt), j’ai vu un Franciscain « Vrai », un Frère Mineur Conventuel… vêtu vraiment avec votre habit (je vous connais depuis toujours) et.. souriant, traverser cet espace « si laïc » parmi les touristes indifférents, commentaires salaces, regards affligés, mais aussi curiosité. Moi-même, je suis resté vraiment stupéfait, à tel point que je me suis mis à suivre ce Frère et ainsi je suis arrivé en peu de temps dans une église, inconnue pour moi et cachée par d’autres bâtiments dans un quartier presque totalement habité par des musulmans : l’église Saint Antoine. Elle était étonnamment remplie de gens (les églises ici sont désertes). Puis j’ai découvert que chaque mardi (c’était mardi) elle se remplit de beaucoup de gens (même des musulmans) qui vont prier rien moins que ...Saint Antoine de Padoue (encore une surprise!).
J’ai vu dans l’église d’autres Frères (avec la tunique) : croyez-moi, c’est la première fois que dans cette ville (mais aussi dans mes voyages dans le Nord de l’Europe) je vois des religieux en habit. D’après les indications sur l’entrée, apparaissait un intense programme de prière communautaire, avec l’adoration eucharistique quotidienne, le service aux pauvres de toutes les races, le style humble. Une personne âgée m’a dit –mi étonnée mi scandalisée– que ces frères «vivent d’aumônes ».
Hélas, je n’avais pas le temps de m’arrêter, j’ai seulement salué un des Frères (qui parlait italien) dont la figure m’a beaucoup frappé. Savez-vous me dire, cher P. Albert, quelque chose en plus de cette communauté ? Je compte revenir à Bruxelles dans quelques mois et je ne manquerai pas leur rendre visite. Merci ». Alex.
Réponse du Père Albert :
« Cher Alex, merci pour ta lettre qui me donne l’occasion de parler de cette nouvelle communauté franciscaine à Bruxelles, qui s’est formée justement le 13 juin 2012 (fête de St Antoine de Padoue) : une authentique refondation du Couvent de la part des Frères de la Custodie de France, pour prendre le relais de la présence franciscaine belge, marquée gravement par la dévastation laïciste et athée, par la sécularisation et le bien-être opulent de ces années qui a arrêté les vocations et décimé les fidèles même dans un pays comme la Belgique de vieille tradition religieuse. C’est hélas la triste histoire d’une déchristianisation diffuse qui a décimé la grande partie des églises de l’Europe du Nord, et n’a pas épargné les consacrés ; mais si telles sont les prémices difficiles, la foi nous fait dire que c’est justement de la croix et des épreuves qu’il faut repartir, ce qu’avec une grande confiance et espérance nos confrères tentent de faire.
Certes, c’est un grand défi que de représenter Jésus et son évangile dans un contexte si hostile, mais aussi une extraordinaire opportunité de renaissance, de témoignage, de nouvelle évangélisation. «Les moments difficiles peuvent être les plus évangéliques » disait la Bse Mère Thérèse de Calcutta ; du reste, si le Pape est en train de rappeler continuellement l’Eglise entière à ce nouvel élan missionnaire, nous Frères franciscains ne pouvions pas ne pas recueillir cette invitation ; nous sentons que c’est à nous en effet, comme le fit Saint François, d'aller vers les hommes et les femmes d’aujourd’hui dans ce complexe contexte culturel. Et c’est à nous, de les aider à trouver l’unique «précieux trésor » (Mt 13,48) en mesure de donner un sens à la vie et la remplir de joie : Jésus Christ ! Et c’est à nous, frères franciscains d’avoir le courage et la force de risquer, en fondant tout uniquement sur la grâce de Celui qui nous précède toujours et nous prépare la voie et nous ouvre la route (Mt 28,7). Et c’est à nous de faire en sorte qu’un jour l’Europe chrétienne, comme la présence franciscaine, ne soient pas seulement un simple souvenir de musée !
Conscients de cela, à Bruxelles, nos frères ont tout de suite fondé leur présence avec un style volontairement radical et pauvre et de très haute tension spirituelle, immédiatement reconnaissables en tant que franciscains , comme unique antidote à l’envahissante indifférence religieuse ; donc : un fort rythme de prière personnelle et communautaire, une particulière attention à la dimension de la fraternité et à l’hospitalité, le choix clair et sans compromis d’un style de pauvreté et simplicité( selon la Règle de St François), la proximité avec les plus pauvres et les exclus et l’attention aux jeunes, l’évangélisation de rue, en communion avec l’Eglise locale, comme la visibilité de leur propre consécration avec le choix aussi (non évident) de porter toujours et partout l’habit religieux… et de se présenter sans honte en tant que tels.
Cher Alex, voici brièvement résumée l’expérience de Bruxelles à laquelle nous tous, même ici en Italie, regardons comme modèle et point de repère pour nos communautés, aux prises désormais avec des problèmes de déchristianisation analogue. Je te demande prier pour nos frères (ils sont 5 de différentes nationalités. Que St François et St Antoine, leur soient des guides et des exemples ; que le Seigneur bénisse leur action et leur présence en cette terre. Et si tu as l’occasion de retourner là-bas, je suis sûr qu’ils seront heureux de te connaître et de te rencontrer. Que le Seigneur te donne sa paix ». Frère Albert de Padoue.
Commentaire du Frère Daniel-Marie, Responsable (Frère Gardien) de cette communauté :
Comme c’est drôle de découvrir cet article ! Et c’est vrai que notre habit provoque beaucoup de commentaires et de rencontres très intéressantes.
Merci à toi, P. Albert, de la confiance que tu nous portes ! Mais de grâce, ne nous fais pas porter un fardeau trop lourd ! Nous, « un point de repère pour nos communautés » ??? Nous tenterons de faire aussi bien que ceux qui nous ont précédés, c’est tout… Retour aux sources. Nous nous sentons minuscules, comme un petit passant sur la grand Place. Repérables ? C’est l’oeuvre de Dieu, à travers l’Immaculée : FIAT !
P.S. : Alex, nous t’attendons. Toi et tous les autres…
Sinon, nous irons vous chercher